29/1/2008 - LA DICTATURE DES SENTIMENTS
Jamaisl’on aura autant roulé la raison dans la boue et encensé lessentiments. Notre époque a transformé et dénaturé le sens du mot“raison” au profit d’un véritable culte voué au dieu “émotion”. Peuosent se référer aux lois de la logique car la peur d’êtreimmédiatement accusé d’inhumanité ou d’insensibilité devient unredoutable castrateur intellectuel, l’epée de Damoclès des kapos de lapensée veille à ce que la “vile rationnalité comptable” ne prenne guèrele pas sur la béatitude émotive. Ce phénomène est particulièrementvisible dans notre pays. “Gestionnaire” est presque devenu une insulte,dans le même temps être rationnel” est devenu synonyme de froideur,voire “d’agir comme un robot”, ce qui est tout de même un curieuxparadoxe! Rappelonsune bonne fois pour toutes que les individus beuglant telles desjouvencelles surprises sous la douche dès que le mot “rationnel” seglisse dans leurs oreilles sont 100 fois plus robotisés que le plusrationnel des sur-hommes. Pourquoi? Parce que l’émotion peut devenirdangereuse en ce sens où elle se substitue à l’instinct, à ce moment-lànotre vie ne se résume plus à une succession de choix librement établismais à un ensemble désordonné de réflexes chaotiques nous amenant ànous taper la tête contre les murs de notre prison émotive dénuée deconnaissances, de logique, de cohérence, de déductions etd’observations. C’est là que l’on devient prisonnier de nos émotions,réagissant au quart de tour aux cas de figures classiques que l’onrencontre au quotidien au lieu de laisser sa conscience logique agir.Mais il y a pire, quand cet instinct devient la principale source demotivation de nos gouvernants, là il y a un vrai danger. Celui depasser de l’Etat de Droit à l’Etat de Non-Droit. Cet Etat de Non-Droit,c’est quand les émotions dominantes remplacent le droit, créent leurpropre justice et guident un pays et son peuple vers des horizonsindéterminables que l’on croit possible de déconnecter des réalitéséconomiques et sociales contemporaines. Cette fausse volontéd’émancipation mystique nie toute l’évolution humaine qui s’est faitepar l’adaptation de l’homme au territoire qui l’entoure. Vouloirs’émanciper de ces réalités au prétexte qu’elle nous introduitaitl’esprit dans un étau nous amène à nous conduire comme des animaux, àrenoncer à notre libre-arbitre pour se laisser guider parl’instinct-émotion. Ce ticket-la est un aller simple vers la barbariecar, par définition, l’expression d’une émotion ne se négocie pas, ellen’a besoin d’être justifiée, elle est un concentré brut de nervositéhumaine incontrôlable et imprévisible. Elle est, et c’est de là qu’elletire toute sa prétendue légitimité. Quand l’émotion guide la main del’Etat, la réalité n’a même plus droit aux considérations de nosprinces, tous les acquis des recherches humaines ne sont plus que dessubjectivités que l’on peut remplacer l’une après l’autre. Rien n’aplus de valeur, c’est le triomphe du relativisme le plus décomplexé, laglorieuse victoire d’un nihilisme pompant à souhait. Quandl’on donne à des sentiments tels que l’empathie ou la haine uneautorité quelconque en politique ou en économie, ces sciences de la vieen viennent alors à renier ce qui fait leur essence même ; en effet,quand les émotions dominantes du moment prétendent remplacer desaxiomes qui sont définis via un usage ordonné et stratégique desconnaissances, l’application des règles de la logique et de lacohérence intellectuelle, les sciences humaines n’ont plus de limites,plus de base solide, plus de définition commune: quand ce point estatteint, une science n’en est plus une, usée qu’elle est par leshérésies qui, une à une, la détruisent de l’intérieur. La raison est cequi nous distingue de l’animal, ne la balayons pas. La raison est unoutil au service des valeurs que l’on s’est fixé, les émotions sont desfins en soi, c’est à dire qu’elles n’ouvrent aucune perspective. Nelaissons pas dépérir l’origine de notre nature humaine.
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